Conakry, 30 juillet 2025 – À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la traite des êtres humains, célébrée chaque 30 juillet, le ministère de la Promotion féminine, de l’Enfance et des Personnes vulnérables a organisé ce mercredi une conférence de presse visant à dresser un état des lieux de ce fléau en Guinée.
L’événement a réuni plusieurs partenaires techniques, représentants d’organisations de la société civile et agences onusiennes. Mme Davi Kossiwa Didi, représentante adjointe du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), y a réaffirmé l’engagement de son institution aux côtés de la Guinée dans la lutte contre ce crime.« C’est avec un grand honneur que je prends la parole au nom du HCDH à l’occasion de cette Journée mondiale dédiée à la dignité des victimes de la traite des personnes, célébrée cette année sous le thème : « La traite des personnes est un crime organisé : mettons fin à l’exploitation ». Le HCDH s’engage à soutenir les efforts du Gouvernement guinéen à travers le Comité national de lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées (CNLTPPA) », a-t-elle déclaré.
Un appui renforcé du HCDH pour 2025–2028
Dans le cadre de son mandat, le HCDH prévoit un soutien stratégique au CNLTPPA autour de six axes prioritaires :
- Renforcement du cadre légal et institutionnel : appui à l’élaboration des textes d’application de la loi de 2024 sur la traite des personnes et plaidoyer pour la mise en œuvre effective des organes prévus par cette loi.
- Amélioration de la coordination : organisation régulière de réunions de suivi, échanges d’expériences avec des pays voisins et promotion des bonnes pratiques.
- Renforcement des capacités : formation des magistrats, avocats, OSC, agents de sécurité et cadres de la Justice sur les droits humains et la prise en charge des victimes.
- Sensibilisation communautaire : ateliers et dialogues avec les communautés sur les questions de traite, migration illégale, et vulnérabilités.
- Appui logistique : dotation en équipements des antennes déconcentrées du CNLTPPA, de l’OPROGEM, du SCPPV et du ministère de la Justice.
- Suivi des engagements internationaux : accompagnement dans la rédaction des rapports périodiques liés aux conventions internationales.
Une base de données encore fragile
Prenant la parole à son tour, le président du CNLTPPA a abordé la question cruciale des statistiques, reconnaissant les défis rencontrés :« La collecte des données reste un défi majeur. Chaque acteur utilise ses propres outils, ce qui rend la consolidation difficile. Nous avons néanmoins croisé les données disponibles pour établir une base consensuelle », a-t-il expliqué.
Il a ensuite présenté quelques chiffres clés :
- Exploitation sexuelle : 80 % des victimes sont des femmes adultes, 30 % des cas impliquent des enfants (jeunes filles).
- Travail forcé (notamment domestique) : 30 % de femmes adultes et 15 % de jeunes filles sont concernées.
- Formographie (contenus explicites) : 35 % des cas concernent des femmes adultes, et 65 % des enfants.
- Prélèvement d’organes : Aucun cas rapporté à ce jour.
Le président du comité a précisé que les données proviennent principalement de l’OPROGEM, du SCPPV, de la Justice et des services déconcentrés du ministère de tutelle.
Une loi en vigueur mais des textes d’application attendus
Adoptée en 2024, la loi spéciale sur la traite attend encore la publication de ses textes d’application. Trois sont prêts, mais un dernier, portant sur la création d’un fonds national dédié, pose problème.« Le Conseil national de la transition (CNT) nous a déconseillés de créer une nouvelle entité administrative. La tendance actuelle est de réduire le nombre d’établissements publics à caractère administratif (EPA). Nous travaillons donc à intégrer l’assistance aux victimes directement dans les services existants », a précisé le président du CNLTPPA.
Une mobilisation à poursuivre
En clôture de la conférence, le HCDH a salué la mobilisation des acteurs guinéens et réaffirmé son soutien :« Une approche fondée sur les droits humains est essentielle pour éradiquer durablement la traite des personnes. Nous réaffirmons notre volonté de poursuivre ce partenariat stratégique, au service de la dignité humaine », a conclu Mme Didi.
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