À l’orée de la présidentielle, le pouvoir guinéen tente d’installer une image de neutralité institutionnelle. Le général Mamadi Doumbouya a ordonné à ses ministres de rester à leurs postes et de s’abstenir de toute activité de campagne. Une démarche présentée comme inédite, mais qui révèle aussi les ambiguïtés d’un appareil d’État pris entre devoir de réserve et engagements personnels.
Lors d’une communication publique ce mercredi 26 novembre, lOusmane Gaoual Diallo, a défendu la position du chef de l’État. Selon lui, le président veut éviter toute confusion : « L’élection présidentielle met en compétition des citoyens pour lesquels le gouvernement et les structures de l’État doivent assumer leur pleine neutralité. » Cette consigne, dit-il, tranche avec le référendum, où chaque acteur pouvait librement défendre le texte.
Un exécutif “neutre” dont le Premier ministre dirige… une campagne
Le gouvernement affirme ne pas être impliqué dans le dispositif électoral du président sortant. Pourtant, le directeur de campagne du candidat Doumbouya n’est autre que le Premier ministre. Une situation atypique que le porte-parole assume, assurant que le directoire « n’est domicilié dans aucun ministère » et fonctionne comme celui de n’importe quel autre candidat.
Le gouvernement continuerait donc à expédier les affaires courantes jusqu’au soir du scrutin. Une ligne officielle qui se veut exemplaire, même si, dans les faits, plusieurs membres de l’équipe gouvernementale gravitent autour de mouvements de soutien. Ousmane Gaoual Diallo lui-même reconnaît être parrain d’un de ces regroupements.
Neutralité revendiquée, crédibilité en débat
Face aux inquiétudes sur un éventuel usage des moyens de l’État, le ministre renvoie la balle à la presse : « Menez les enquêtes. Essayez de comprendre comment ils ont mobilisé l’argent (…) Est-ce que l’argent public était là-dedans ou pas ? » Il rappelle que l’État a officiellement accordé une subvention à chaque candidat, ce qui, selon lui, distingue financement légal et favoritisme.
Le ministre insiste sur la volonté du chef de l’État de ne pas donner « le sentiment que l’État est au service d’un candidat ». Mais la méfiance persiste dans l’opinion, où la simultanéité des rôles, président en exercice d’un côté, candidat de l’autre, nourrit les questionnements.
Une administration sommée de rester immobile dans une élection en mouvement
Avec neuf candidats en lice, l’exécutif dit vouloir éviter qu’un pan de l’administration ne bascule dans les logiques de soutien partisan. « Les préfets restent à leur place, les gouverneurs restent à leur place », insiste Ousmane Gaoual Diallo. Leur rôle : garantir équité et bonnes conditions pour tous les camps politiques.
En affichant cette neutralité, le pouvoir cherche à sécuriser un processus électoral sous surveillance intérieure et extérieure. Mais entre interdiction officielle et engagements personnels assumés, entre un Premier ministre directeur de campagne et des ministres parrains de mouvements politiques, la frontière reste étroite. Reste à voir, dans les semaines à venir, si la ligne fixée par le chef de l’État sera réellement tenue.
Alpha soumah
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