L’ancien Premier ministre guinéen, Dr Ibrahima Kassory Fofana, a une nouvelle fois été entendu par les magistrats de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), ce lundi, depuis son lit d’hôpital à la Clinique Pasteur de Conakry, où il est hospitalisé depuis plusieurs mois pour des raisons de santé.
Cette audition exceptionnelle, organisée dans l’enceinte même de l’établissement sanitaire, intervient dans le cadre des poursuites engagées contre l’ex-chef du gouvernement sous le régime d’Alpha Condé. Poursuivi pour des faits présumés de détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, Kassory Fofana reste au cœur de plusieurs dossiers sensibles instruits par la juridiction spéciale.
Les juges de la CRIEF se sont déplacés à la clinique afin de recueillir les déclarations de l’ancien Premier ministre, dont l’état de santé est régulièrement évoqué par ses proches et ses conseils pour justifier son impossibilité de comparaître devant la cour.
À l’issue de cette audition, le collectif des avocats de Kassory Fofana a vivement réagi, dénonçant ce qu’il qualifie de « détention politique déguisée ».
Selon Me Amadou Baben Camara, les débats ont achoppé autour d’une nouvelle pièce versée au dossier. « Le parquet a évoqué un procès-verbal provenant d’une unité de police. Nous avons immédiatement signalé que la défense ne disposait pas de cette pièce et que notre client affirme n’avoir jamais participé à cet interrogatoire », a-t-il expliqué devant la presse.
L’avocat précise toutefois que Kassory Fofana était en mesure de répondre aux premières questions posées par les magistrats malgré son état physique jugé préoccupant.
Pour sa part, Me Sidiki Bérété a salué la décision de la Cour de tenir l’audience à l’hôpital, estimant que cela démontre que son client n’a jamais volontairement refusé de comparaître. « Beaucoup pensaient qu’il cherchait à échapper à la justice. Aujourd’hui, chacun peut constater que son état de santé ne lui permettait pas de se déplacer », a-t-il déclaré.
Mais l’avocat a surtout dénoncé la longueur de la procédure judiciaire, rappelant que le procès en appel dépasse largement les délais prévus par la loi. « La procédure devait être bouclée depuis plusieurs mois. Cela fait plus d’un an que ce dossier traîne », a-t-il regretté.
La défense continue également de réclamer une évacuation sanitaire urgente de l’ancien Premier ministre, estimant que les infrastructures médicales disponibles en Guinée ne permettent pas une prise en charge adaptée. « On ne peut pas juger un homme dans cet état sans lui donner la possibilité de se soigner correctement. Tant qu’on n’est pas dans le coma, certains refusent de croire à la gravité de la maladie », a lancé Me Bérété, avant d’ajouter cette phrase forte : « Pour bouffer de la bonne viande, il faut traiter l’animal. »
Du côté de la CRIEF, aucune communication officielle n’a encore été faite sur le contenu de cette audition ni sur les suites judiciaires envisagées. Toutefois, cette nouvelle étape relance le débat autour de la gestion des dossiers politico-judiciaires en Guinée, dans un contexte où la lutte contre la corruption demeure l’un des principaux engagements des autorités de la transition.
Entre impératif de justice et considérations humanitaires, l’affaire Kassory Fofana continue ainsi de susciter de vives réactions au sein de l’opinion publique guinéenne.
Alpha soumah



